|
hors des flots


La Proue endormie
Loin le souffle du vent
et les cris des hommes
le temps s'est arrêté
un univers nu
glisse autour de la proue endormie
Aucun rappel, voix de marins,
roulis, vertige
souffle du vent, fraîcheur, cieux du levant...
Nul souvenir, sable jauni, crinière rousse,
Yeux bleux, jade, émaux splendides !
Pas de saveurs, de sels, d'épices,
de rouille, de voiles humides.
Seuls des espaces glissent
Perceptions furtives
Vertiges d'un instant.
Elle se perd sûrement dans le froid sidéral
Sans mouvement
Rien ne frôle sa chair
Pourtant... Pourtant... au profond...
Survit un rien
survit un être
survit la décision
Ainsi un jour elle se souvient
les terres jaunies, les quais, les tempêtes
les routes sous la nuit, l'odeur du feu,
l'odeur du fer...
Elle crée
des jeux et des rancunes,
des tours, des pièges, des désirs
des univers même
... le mouvement des astres
Elle cherche son glaive, ses mots, ses gants,
les quais, les navires,...
les batailles...
et les libertés même..........
ChLL

PARCOURS
Née à Binic, 18 ans passés sur le port, les grèves, les bateaux, les vallées, … Et je me retrouve aux commandes d’un Fenwick, pour la pesée et la vente de ces fameuses coquilles, au retour des chalutiers. Travail rude et prenant, auprès de pêcheurs rugueux, dont certains avaient… « des gueules »… Quelques autres petits boulots plus tard, la décision de tracer mon propre parcours d’Artiste s’impose à moi. Une fois mon poêle à bois installé dans ce vieux Citroën HY, rehaussé, rallongé, je prends la route. A l’instar des compagnons, je sillonne la France entière, 18 mois durant, travaillant le cuir et la gravure dans mon camion-atelier-maison. Cette aventure, ponctuée de rencontres extraordinaires, de situations parfois rocambolesques, m’a permis, entre autres, d’engranger de nouvelles techniques, et surtout de commencer à participer à des expositions dans toutes les régions traversées, du nord au sud, de l'est en ouest. Lors de mon passage en Alsace, un cousin local, plasticien d’art, me donne un seau rempli d’argile en affirmant « Tu vas vite en avoir besoin.». De retour dans mon pays de Bretagne, je fais l’acquisition d’un grand atelier me permettant d’envisager de nouvelles créations. Je retrouve le seau de mon cousin Alsacien, rempli d’argile, et ce fut la découverte. Lors de mon premier essai de sculpture, chance du débutant ou pas, je maîtrisais d’emblée, à ma grande surprise, le volume et la matière, ce qui m'encouragea dans cette voie. Puis un ami, potier de son état, me permit d'acquérir, lors d’une vente de matériel professionnel, un four à céramique gigantesque (750 L) montant à plus de 1300° J'ignorais absolument tout des argiles, de leur point de fusion, de l'émaillage, et la mise au point fût longue et laborieuse, parsemée de doutes, mais ponctuée de victoires, de plus en plus nombreuses, de plus en plus importantes. Peut-être mon intérêt pour les visages vient-il de ces « gueules » croisées sur les quais de Binic, et d’ailleurs, peut-être vient-il de mon envie de capter les émotions qui s’y inscrivent, expressions spontanées ou masquées dont d'infimes détails révèlent la pensée.
Installée désormais dans l’ancienne école de Tréveneuc que j’ai eu la chance de louer après avoir dû quitter mon ancien atelier, je m’appropriais ce nouvel espace. Les immenses volumes de ce bâtiment représentaient un rêve pour le sculpteur que j’étais devenu.
Toujours passionnée par les visages, je décidais de faire une étude sur les émotions, et de les présenter en une suite lisible, qui, depuis l’émotion la plus sombre entrainerait le public vers des émotions positives.
Un long travail d’observation des courbes, des angles, des rides d’expression, des regards, dont de nombreuses caissières, passants, facteurs, artisans furent les victimes, fut nécessaire à la réalisation de ce projet. Mais le résultat en valait la peine.
Il me valut notamment la visite de Yvon Guilloux, fondateur et président de l’exposition « Regard sur les arts » à la Collégiale de Lamballe. Il m’invita à participer à cette prestigieuse exposition.
Mes 8 bustes y ont rencontré un vif succès, y compris auprès des enfants qui voyaient, ici leur professeur de math, ici celui de français !.. Ce travail surprenait chacun à sa façon. Il était intéressant pour moi de regarder le public réagir devant l'une ou l'autre de ces émotions.
Ces sculptures sont exposées régulièrement mais je ne les rassemble plus, d'autant que cette collection n'est plus complète. J'aime voir en situation un ou deux de ces éléments dans un étang ou un lavoir, derrière une fenêtre... Les photographes et les journalistes sont ravis !
Puis des commandes (pour l’extérieur et l’intérieur) se sont succédées : des trophées (tour de Bretagne des véhicules anciens ABVA) des diables pour des toitures des chiens de garde des pieds d'horloges sculptées un vase immense qui servira de support à un verrier des personnages Walt Disney pour des jeux éducatifs,... Je m'étais déjà beaucoup exercée aux techniques de moulage, mais c'était toujours un nouveau défi pour vaincre les contraintes techniques. Armée de tout mon savoir longuement acquis, maitrisant les techniques de la terre, j'avais désormais les moyens et la liberté de réaliser des sculptures au gré de mon imaginaire et, comme aime à le dire le public devant mon travail, de donner la vie aux personnages...
|
|